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faisait longtemps que j'attendais l'opportunité de visiter
le nord de l'Argentine et ses grandes pleines humides. Il me paraît
en effet intéressant de découvrir ces biotopes particuliers
qui ne font pas partie de la région amazonienne que j'avais
déjà eu la chance de visiter il y a quelques années.
L'expédition que j'ai menée en février 2000
s'est déroulée dans les régions du centre
(Province de Buenos Aires) et du nord-est de l'Argentine. Le nord-est
est la partie humide du pays qui est drainée à l'est
par les grands fleuves que sont le "Rio Parana" et le
"Rio Uruguay" et recouverte de pleines marécageuses
et de savanes à l'ouest. Dans cette région se trouvent
également les frontières avec le Paraguay, le Brésil
et l'Uruguay. La Province de Buenos Aires est le centre économique
du pays, région des grands élevages de bovins et
des plaines recouvertes de pampa. Durant ce voyage j'ai donc visité
les provinces de Buenos Aires, de Corrientes, d'Entre Rios, de
Misiones et la partie est du Chaco.
C'est l'arrivée !
L'avion atterrit à l'heure prévu sur le tarmac de
l'aéroport de Buenos Aires. Une fois débarqué,
il ne me faut que quelques secondes (le temps de mettre mes shorts)
pour adopter l'été austral et oublier les rigueurs
de l'hiver qui règne sous nos latitudes européennes.
Il n'y a pas une minute à perdre, mon séjour va
durer 4 semaines mais le pays est grand. Avec ces quelque 2'765'000
km2, l'Argentine est en effet l'un des plus grands pays d'Amérique
du sud. L'ami qui partagera mon voyage m'attend déjà
avec notre voiture de location. Il a opté pour un modèle
avec climatisation, ça sera plus agréable; on est
quand même en vacances. Nous prenons immédiatement
la direction de la banlieue de La Plata, au sud-est de Buenos
Aires où nous passerons nos premières nuits. Pour
quitter le centre de la "Capitale" nous empruntons l'autoroute
pour la construction de laquelle il a fallut creuser une véritable
tranchée au milieu des immeubles. La ville est évidemment
immense (4 millions d'habitants et 15 millions avec les banlieues)
et cosmopolite mais nous ne sommes pas ici pour découvrir
ses curiosités... Nous passons notre première semaine
dans la région du sud-est de la Province de Buenos Aires.
Premières impressions
Notre programme journalier est simple mais idéal pour des
aquariophiles en vacances: départ le matin, carte en main,
chaque jour dans une nouvelle direction, arrêt systématique
au bord de tous les points d'eau et rivières et exploration
des biotopes les plus intéressants. Le retour se déroule
en fin de journée et si possible avant la tombée
de la nuit: il n'est en effet pas facile de circuler en voiture
la nuit car les routes sont souvent en mauvais état, pas
éclairées et les argentins n'utilisent pas souvent
les phares de leurs véhicules même en pleine nuit
! Pour l'exploration des biotopes, nous remontons les rivières
à pied avec des filets pour capturer les poissons ou avec
un simple bâton pour dénicher les tortues aquatiques
qui sont ensuite capturées à la main. Cette technique
d'exploration n'est évidemment possible que si la profondeur
de l'eau n'est pas trop importante.
Une année de sécheresse
Cette année, nous avons eu de la chance car la sécheresse
était particulièrement sévère et les
cours d'eau étaient très bas. Certains étaient
même complètement asséchés ce qui nous
a valu quelques scènes tout à fait saisissantes
de plusieurs dizaines de cadavres de Loricaria,
et Hypostomus adultes gisant sur
le sol. Après avoir passé notre première
semaine à parcourir la pleine (désespérément
plate) des environs de Buenos Aires, nous entamons notre périple
qui nous emmènera au nord du pays jusqu'aux frontières
du Paraguay et du Brésil. Nous désirons visiter
un maximum de biotopes différents ce qui nous oblige à
parcourir plusieurs centaines de kilomètres par jour. En
se déplaçant au nord, les paysages se modifient
peu à peu: la végétation devient plus luxuriante,
il fait plus chaud et le climat devient carrément tropical
humide dans la province de Misiones à l'extrême nord.
Dans cette région le relief est vallonné et la terre
est rouge, nous ne sommes plus très loin du bassin de l'Amazone.
C'est dans cette partie du pays que se trouvent les fameuses chutes
d'Iguazu qui sont considérées comme l'une des plus
belles cascades du monde et sont déclarées Patrimoine
mondial par l'Unesco. Ce site magnifique est composé de
257 chutes qui sont réparties sur 2,5 kilomètres
avec une hauteur de 72 mètres ! Le site se trouve à
la frontière du Brésil, de l'Argentine et du Paraguay.
Son observation depuis l'Argentine est, dit-on la plus belle.
Il n'est pas rare d'y rencontrer des toucans, des coatis et parfois
même, selon le dépliant distribué à
l'entrée du parc, des jaguars !
Le Chaco et sa tortue à
cou de serpent
Avant de reprendre la route du sud, nous passons quelques jours
dans la province du Chaco au nord-ouest du pays. Cette région
très particulière recouverte de steppes et de marécages
verdoyants à perte de vue est restée encore très
sauvage. La population vit simplement et j'ai parfois l'impression
d'avoir remonté le temps en découvrant la boutique
de type "début du siècle" de certains
petits commerçants. Cette zone s'étend jusqu'au
Paraguay. C'est dans cette région que nous avons trouvé
les températures les plus élevées, 38°C.
Une espèce rare de tortue à cou de serpent (Acanthochelys
pallidipectoris) vit dans cette région et j'aurais
bien aimé en observer au moins une. Après avoir
approché les biotopes particulièrement hostiles
de cette région, je n'ai plus de peine à comprendre
qu'il y ait peu d'observation de cette tortue. Elle est probablement
assez abondante mais se cantonne dans les marais inaccessibles
du Chaco.
Buenos Aires et ses Cynolebias
Lors de notre retour vers Buenos Aires, nous empruntons la route
principale qui longe le fleuve Parana. De retour à La Plata,
il ne nous reste plus que quelques jours avant notre retour pour
l'Europe et nous décidons de les consacrer à la
recherche des fameux Cynolebias,
spécialité du coin. La sécheresse particulièrement
sévère n'a pas facilité nos recherches. Nous
n'avons trouvé que 2 mares abritant les fameux poissons.
Pour ce premier voyage en Argentine, j'ai voulu parcourir un maximum
de distance afin de visiter tous les différents biotopes
humides du nord du pays. Mon objectif est atteint mais je pense
déjà à d'autres voyages qui permettraient
de passer plus de temps dans certaines régions particulièrement
intéressantes.
3 espèces de Cynolebias
On peut trouver trois espèces de Cynolebias
au sud de Buenos Aires: Cynolebias nigripinnis
avec la couleur gris bleu caractéristique des mâles,
C. bellotti et enfin C.
elongatus le plus rarement observé. Ce sont des
poissons dit "saisonniers" vivant dans des trous d'eau
ou des mares temporaires. Durant la période humide, les
poissons pondent leurs oeufs dans la tourbe afin qu'ils puissent
résister à la période de sécheresse
durant laquelle tous les poissons vont mourir. Seuls les oeufs
survivront à cette épreuve. A la saison suivante,
lorsque les premières pluies apparaissent, les alevins
éclosent. Ils devront grandir rapidement pour pouvoir frayer
à leur tour avant l'assèchement de leur biotope
et ainsi perpétuer l'espèce. Durant ce voyage nous
avons pu observer Cynolebias bellotti
et C. nigripinnis dans un même
point d'eau près de "Ayacucho' au sud de Buenos Aires.
Les poissons sont pêchés dans une eau de couleur
brune et le fond de la mare est recouvert d'une couche de plus
de 50 centimètres de tourbe. Aucune autre espèce
de poissons n'a été pêchée dans cette
mare. La pêche est assez pénible car l'eau est infestée
de sangsues et nous sommes attaqués par des nuées
de taons et de moustiques (vive l'aquariophilie..). Plusieurs
autres trous d'eau ont été explorés mais
il s'agissait le plus souvent de mares encore trop récentes
pour contenir des poissons ou envahies par d'autres espèces
de poissons avec lesquels les Cynolebias
n'ont aucune chance de survie. Le seul poisson qui est parfois
observé dans le même biotope que Cynolebias
est le Corydoras.
L'aquariophilie en Argentine
Le hobby de l'aquariophilie n'est évidemment pas très
développé en Argentine. La plupart des poissons
d'aquarium vendus aux aquariophiles sont des poissons rouges ou
des vivipares tels que le guppy ou le platy. On trouve plus rarement
des scalaires, Astronotus, Characidés
ou Killis. Nous avons eu la chance de pouvoir visiter quelques
piscicultures produisant pour le marché intérieur.
Les installations sont vétustes mais les poissons sont
en pleine santé. Il y a deux types d'installations: les
premières sont composées de bassins extérieurs
recouverts de filets qui sont installés en pleine campagne;
les deuxième qu'il est même possible de rencontrer
en ville de Buenos Aires, sont installées dans des bâtiments
et composées d'aquariums ou de petits étangs en
plastique. Les petits bassins construits à l'aide d'une
bâche plastique soutenue par un cadre en métal sont
superposés sur plusieurs étages. Le plastique est
renouvelé tous les 5 ans. L'une des installations visitée
était composée de 120 bassins plastique dans lesquelles
sont produit 10'000 couples Guppys par mois ainsi que des Corydoras
albinos et de Koï. D'autres espèces sont également
élevées en aquarium: scalaire, oscar et danio.
Juan, le pêcheur
Je fais également la connaissance de Juan qui pêche
des poissons d'aquarium depuis une douzaine d'années en
Amérique du sud. Selon lui, les meilleurs endroits pour
pêcher les Ancistrus sont les canaux d'évacuation
des bidonvilles. Il a toutefois cessé d'y pêcher
car il était régulièrement victime de vols...
Des tentatives d'exportation de poissons d'aquarium à destination
de l'Europe sont actuellement en cours. L'Argentine possède
en effet plusieurs espèces de poissons d'aquarium intéressantes
et notamment le fameux Corydoras paleatus
que l'on peut rencontrer dans des eaux dont la température
peut varier entre 5°C en hiver et plus de 27°C en été
! On peut également trouver des espèces des genres:
Hemmigramus, Aequidens,
Apistogramma, Rivulus,
Geophagus, Ancistrus,
Plecostomus, Otocinclus,
Hypostomus, Pimelodus,
Astyanax, Hyphessobrycon,
Pyrrhulina, Moenkhausia,
Serrasalmus, Crenichicla.
Parmi les plantes rencontrées en aquariophilie, nous avons
pu observer un beau champ d'Echinodorus.
Les tortues aquatiques
En Argentine on peut trouver 8 espèces de tortues aquatiques
(Cabrera,1998) qui vivent toutes dans le nord, nord-est du pays.
Parmi ces espèces, six appartiennent au groupe des tortues
à cou de serpent. Ces tortues qui possèdent un long
cou qu'elles ne peuvent pas replier complètement dans leur
carapace, regroupe des espèces originaires d'Amérique
du sud, d'Afrique et d'Australie. En Argentine, les espèces
les plus fréquentes sont l'Hydroméduse à
dos rugueux (Hydromedusa tectifera)
et la Platémyde de Saint-Hilaire (Phrynops
hilarii). Hydromedusa tectifera
est l'une des tortues qui possède le cou le plus long,
les adultes mesurent environ 25 centimètres. Elle est très
commune dans la région de Buenos Aires et le long de la
frontière avec l'Uruguay jusqu'à l'extrême
nord du pays, près des chutes d'Iguazu. Phrynops
hilarii est une espèce plus grande qui peut atteindre
40 centimètres. Son cou n'est pas très impressionnant.
C'est une excellente nageuse et les jeunes spécimens sont
très colorés. Les autres espèces de tortue
d'argentine sont: la Platémyde à éperons
(Acanthochelys pallidipectoris),
la Platémyde de Spix (Acanthochelys
spixii), la Platémyde de Williams (Phrynops
williamsi) et la Platémyde de Vanderhaege (Phrynops
vanderhaegei). Ce sont toutes des espèces assez
peu connues qu'il est très rare de rencontrer en Argentine.
Soit leur aire de répartition s'étend principalement
sur les pays limitrophes, soit il s'agit d'espèces vivant
dans des biotopes inhospitaliers et donc très difficiles
d'accès. Les deux autres espèces de tortue que l'on
peut observer sont la Trachémyde de d'Orbigny (Trachemys
dorbigni) qui est une cousine de la célèbre
Tortue à tempes rouges (Trachemys
scripta elegans) qui envahit nos étangs européens
et la Cinosterne scorpioide (Kinosternon
scorpioides) qui est une petite tortue atteignant une taille
adulte d'une quinzaine de centimètres et vivant dans les
étangs et ruisseaux boueux. Visitez le site www.chelidae.com
pour plus d'informations.
Conseils pratiques
L'argentine se trouve dans l'hémisphère austral
et les saisons sont par conséquent inversées par
rapport à l'Europe. Dans la partie subtropicale du pays
(nord-est) il y a une saison sèche et une saison humide
qui se situe durant l'été, soit de novembre à
mars. La meilleure période pour visiter cette région
est probablement le printemps (octobre - décembre). Plusieurs
compagnies offrent des liaisons pour Buenos Aires durant toute
l'année. Il n'y a en principe pas de problème pour
se loger: vous trouverez des pensions, hôtels et campings.
Côté budget, il faudra par contre vous préparer
à affronter des prix plus élevés que dans
le reste de l'Amérique du sud, il faut compter sur les
mêmes niveaux de prix qu'en Europe ! La monnaie locale est
depuis 1992 le pesos qui est indexé par rapport au dollar
(1 pesos = 1 dollar US). Les prix sont la plupart du temps indiqués
en dollars et ces derniers sont encore très souvent acceptés
à condition qu'ils soient en parfait état (neufs
si possible). Mais attention, il y a de plus en plus de commerces
qui refusent maintenant les dollars. Enfin, il très difficile
de trouver une banque qui accepte de changer une autre monnaie
que le dollar, alors n'oubliez pas de faire le change avant le
départ. La langue officielle est l'espagnol avec toutefois
quelques différences avec le castillan des Espagnols. Il
n'y a pas de grand risque sanitaire, le paludisme y est quasiment
absent sauf dans l'extrême nord où le risque est
très faible. Pour se déplacer sur place, le plus
pratique c'est la voiture de location (attention aux tarifs plutôt
élevés !) mais vous pouvez également emprunter
le bus.
Article publié dans la revue Aquarium
Magazine numéro 178 (2001)
Copyright © 2004
www.altivelis.ch
- Sébastien Métrailler
Article publié sur ce site
avec l'aimable autorisation de son auteur.
Qu'il en soit ici remercié très sincèrement.
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