| L'aquariophile
en vacances à parfois tendance à organiser ses voyages
en fonction de sa passion ce qui n'est pas toujours compatible
avec les désirs des autres participants.... Confronté
à ce dilemme, j'ai testé pour vous la Martinique.
Cette île des Antilles françaises a tous les atouts
d'une destination de rêve. En plus, sa faune piscicole principalement
marine, mais aussi d'eau douce est capable de satisfaire nos aspirations
d'aquariophiles en voyage.
Une île volcanique
L'île de la Martinique est constituée par un massif
volcanique dominé par la montagne Pelée. L'île
s'étend sur 1100 km carré recouverts de végétation
tropicale et rythmés par deux saisons principales: la saison
sèche de décembre à mai et la saison des
pluies de juin à novembre. Parallèlement au tourisme,
l'économie est orientée vers l'exploitation de la
canne à sucre et de la banane.
Le programme du jour
L'objectif principal de mon voyage en Martinique est la détente
et le repos. L'aquariophile que je suis devra donc rester discret
mais ne sera pas absent. Le matériel emporté est
léger: pour l'observation de la faune marine palmes, tuba,
masque et appareil de photo sous-marin jetable suffiront pour
découvrir les fonds marins. Je renonce à ramener
des animaux marins, car les contraintes sont trop importantes.
J'ai par contre l'intention de ramener quelques poissons d'eau
douce et j'apporte donc dans mes bagages deux filoches, deux bouteilles
en plastique et un sac isothermique. Mon séjour sur l'île
aux fleurs durera deux semaines et comme je ne veux pas installer
des récipients pour maintenir les poissons péchés,
je décide d'attendre le dernier jour pour capturer les
animaux. En attendant ce moment, je consacre environ une heure
par jour pour plonger avec masque et tuba.
Bâteau à fond
de verre
La côte est de l'île bordant l'océan atlantique
est restée très sauvage par rapport aux régions
ouest baignant dans les mer des Antilles qui sont beaucoup plus
développées pour le tourisme. Dans cette partie
de l'île, il est possible de s'embarquer sur des bateaux
à fond de verre qui permettent à tous de découvrir
les fonds marins. Je me suis embarqué sur l'un de ces bateaux
"Aquascop" pour une virée durant laquelle il
était prévu une halte d'une heure permettant aux
passagers de plonger avec masque et tuba autour du bateau. C'est
une sortie intéressante pour tout public et particulièrement
pour ceux qui profitent de l'heure de plongée. Les autres
plongées que j'ai effectuées l'ont été
dans des criques composées d'amas rocheux où se
concentre la plupart des animaux.
Poissons observés
Voici quelques espèces que j'ai eu l'occasion d'observer
et le temps d'identifier le long des côtes de l'est, du
sud et du sud-ouest de l'île: Orphie (Tylosurus
sp. ou Platybelone sp.), poisson
ange français juvénile (Pomacanthus
paru), plusieurs espèces de Girelles (Halichoeres
sp. et Thalassoma bifasciatum),
poisson carinal (Holocentrus sp.
et Myripristis jacobus), chirurgien
rayé (Acanthurus chirugus),
chirurgien noir (Acanthurus bahianus),
Chirurgien bleu en phase adulte et en phase juvénile (une
couleur jaune) (Acanthurus coeruleus),
ange royal juvénile (Holocanthus
ciliaris), plusieurs espèces de Blennies, des poissons
demoiselles (Abudefduf saxatilis,
Chromis mutilineata, Stegastes
leucostictus et Microspathodon chrysurus),
Chevalier ponctué (Equetus punctatus),
papillon pyjama (Chaetodon striatus),
rouget volant (Dactylopterus volitans),
des poissons-perroquet (Sparisoma
sp. et/ou Scarus sp.), poissons
crapaud (Antennarius multiocellauts),
rouget (Pseudupeneus maculatus)
et un barracuda (Sphyroena barracuda).
Les espèces suivantes n'ont été observées
que dans la mer des Antilles: poisson-trompette (Aulostomus
maculatus), poissons lime (Cantherbines
pullus), papillon kat zié (Chaetodon
capistratus), demoiselle bleue (Chromis
cyanea), carrelet tropical (Bothus
lunatus), jeune mérou, poisson-coffre. L'identification
de la plupart des poissons a été faite grâce
à l'ouvrage "Guide des poissons coraliens des Antilles"
de Christine & Lionel Parle.
Photos sous-marines
Afin d'immortaliser ces rencontres sous-marines, j'ai utilisé
mes appareils jetables Kodak. Parmi les deux films de 24 poses
que j'ai réalisés, il y a quelques images que je
trouve d'une qualité tout à fait honnête compte
tenu du prix de ce type d'appareil. Le rapport qualité/prix
des appareils jetables est en effet acceptable pour ceux qui désirent
voyager léger. Le principal inconvénient de ce système
est l'absence de flash mais pour bénéficier d'un
appareil photo étanche avec flash il faut compter avec
un investissement de 15 à 40 fois supérieur...
Et les poissons d'eau douce?
Trois jours avant le départ, je décide enfin de
visiter quelques biotopes d'eau douce. Pour ce faire, je profite
de quelques jours durant lesquels j'avais prévu de visiter
l'île en voiture de location. C'est la saison sèche
et le niveau des cours d'eau est bas. Malgré l'abondance
des biotopes aquatiques, la Martinique n'est pas très riche
en poissons d'eau douce. Durant mes observations faites au hasard
des rivières ou plans d'eau atteignables depuis une route,
j'ai pu observer des Guppies, ainsi que d'autres espèces
de poissons vivipares (probablement des Gambusies et des xiphos)
et des chichlidés d'origine africaine (Orechromis
mossambicus). On peut d'ailleurs remarquer que dans les
zones peuplées de ces tilapias, aucune autre espèce
de poissons ne semble y vivre...
D'autres espèces non identifiées ont été
également observées, comme notamment un poisson
ressemblant à un gobie de 3 à 6 cm de long qui possède
une grande nageoire pelvienne à l'aspect un peu rougeâtre
et qui a l'habitude de se poser sur les pierres. On peut également
rencontrer sur l'île deux espèces de rivulus (Rivulus
cryptocallus et R. marmoratus)
qui fréquentent des biotopes d'eau stagnante souvent boueuse,
que je n'ai pas désiré explorer durant mon séjour.
La pêche
Au terme de deux jours de prospection, j'ai fait le choix de la
rivière dans laquelle je viendrais pêcher quelques
vivipares le jour même de mon retour. Il s'agit de la rivière
Beauregard, à la sortie sud de "Le François".
Le point d'eau est d'accès très facile depuis la
route, le niveau de l'eau et bas et j'ai pu observer de nombreux
poissons dont certains présentaient une belle coloration
rouge. Le matin de mon départ je me rends donc sur le lieu
de pêche et tente de capturer quelques spécimens
à l'aide de mes deux filoches. La méthode n'est
pas très efficace car les poissons sont très vifs,
particulièrement les plus beaux spécimens aux reflets
rouges que j'aimerais bien capturer ! Finalement après
une heure de pêche, je dois plier bagage en me satisfaisant
de mon butin composé d'une vingtaine d'alevins et de sub-adultes
appartenant à des espèces que je n'ai pas pu identifier.
Les poissons sont placés dans des bouteilles en plastique
de 1 litre ou 1 litre 1/2 remplies à 1/3 d'eau. Dans chaque
bouteille sont placés 3 sub-adultes ou 7 à 8 alevins.
Deux bouteilles sont placées dans mon sac à dos
qui voyagera en cabine avec moi et les autres sont emballées
dans le sac isothermique et voyageront en soute dans ma valise.
Le retour
A mon arrivée à l'aéroport de Genève,
en attendant la livraison de mes bagages, je vérifie l'état
de santé des poissons que je transporte avec moi. Ces derniers
se portent très bien. Soudain, j'apprends que nos bagages
ne se trouvaient pas dans notre avion ! L'employé de l'aéroport
ne parvient même pas à me dire où se trouve
actuellement ma valise transportant le reste de mes poissons,
sont-ils encore en Martinique ? "Votre valise vous sera livrée
dès que possible à votre domicile" me dit l'employé.
Ne pouvant rien faire de plus, je rentre chez moi où je
peux enfin libérer les 6 poissons sub-adultes dans un aquarium,
après un voyage qui aura duré 24 heures. Comme promis,
ma valise m'est livrée à mon domicile, mais le lendemain
après-midi. Une fois livrée, je m'empresse de déballer
les bouteilles d'un litre contenant les poissons: ils sont tous
en vie et il ont même l'air en bonne forme. Cela fait pourtant
43 heures qu'ils sont enfermés dans leur bouteille et ils
ont voyagé en soute, ainsi que par la route en plein mois
de février ! Après quelques semaines de croissance,
il s'avère qu'il y a deux espèces de vivipares:
une première qui n'a malheureusement pas pu être
identifiée et dont les individus n'ont survécu que
quelques semaines et des guppies. Ces derniers se sont montrés
très résistants et d'un caractère bien plus
trempé que les spécimens d'élevage proposés
dans le commerce. Les adultes semblent toutefois avoir une durée
de vie assez courte, d'une année environ. Leur taille est
modeste: la femelle atteint 2 cm et le mâle 1,5 cm environ.
Leurs couleurs sont évidemment bien moins belles, mais
leur comportement est très intéressant. Ils ont
été placés dans des petits bacs plantés
d'une trentaine de litres et ils se sont montrés aussi
résistants dans de l'eau douce que dans l'eau dure.
La législation
En Suisse, les poissons d'ornement ne sont pas soumis à
la formalité d'un permis d'importation et sont exemptés
de la visite vétérinaire, pour autant qu'il ne s'agisse
pas de poissons protégés par la convention CITES
(renseignement auprès de la Direction des douanes de Genève
si nécessaire).
Conseils de voyage
L'île de la Martinique est très bien desservie par
les compagnies aériennes françaises au départ
de Paris. Pour le lieu de résidence vous avez le choix
entre la côte sud / sud-ouest (Mer des Antilles) très
touristique, composée de plages de sable fin et de toutes
les animations nécessaires à la vie des stations
balnéaires. Vous pouvez également opter pour la
côte est (Atlantique) qui est restée plus sauvage.
Dans cette partie de l'île, les côtes rocheuses sont
entrecoupées de criques beaucoup mois fréquentées
que les plages du sud. Dans tous les cas, il est presque incontournable
de consacrer quelques jours à parcourir en voiture les
différentes parties de l'île, notamment pour visiter
la forêt d'altitude avec vue sur la Montagne Pelée
qui a malheureusement souvent la tête dans les nuages.
Article publié dans la revue Aquarium
Magazine numéro 175 (2000).
Copyright © 2004
www.altivelis.ch
- Sébastien Métrailler
Article publié sur ce site avec
l'aimable autorisation de son auteur.
Qu'il en soit ici remercié très sincèrement.
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